CASTELNAU X ST-DENIS – l’accident

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Vendredi matin, dernière journée de la semaine.

Il fait gros soleil et on sent déjà la chaleur faire augmenter ses degrés au fil des heures. Je l’avais attendu longtemps ce beau temps et ça ne peut faire autrement que de rendre le travail encore plus agréable. Ma journée est affichée complète. Je rassemble tous les outils nécessaires dans mes sacs de transport pour me déplacer au travers de la ville. J’adore ce boulot. Il me permet d’être complètement libre et de faire exactement ce que j’aime.

Je prends le temps de bien gonfler mes pneus et j’attache un de mes sacs sur le rack avant de mon transporteur jaune moutarde. Ce vélo est parfait pour la ville, juste assez pépère pour que je puisse jouir d’un déplacement tranquille et assez laid pour le laisser trainer dehors. On dirait que son look urbain me rend si confortable que j’hésite toujours à mettre mon casque. Mais comme me le rappelle suffisamment souvent ma commotion cérébrale de l’année passée, je ne me questionne jamais longtemps.

Je passe les premières rues du quartier Villeray. Je suis un peu en retard sur mon horaire mais je sais bien me rattraper aux coups de pédales ce qui me donnera suffisamment de temps pour prendre mon café au passage. À la lumière transversale de la rue St-Denis, je m’arrête. Je regarde cette ribambelle d’enfants à la queue leu leu attachés à une corde passer devant moi. Certains m’envoient la main et ça me fait rire. Puis y’a ce jeune garçon  qui attend pour traverser. Il ne déroge pas son regard de son écran de cellulaire. Je me dis qu’il va manquer sa traversé lorsque ce sera notre tour. Il y a beaucoup de gens sur la rue, et je vois au loin la terrasse de mon café préféré bondée de gens qui baignent au soleil.

La lumière tourne au vert et je m’engage lourdement pour ma traversé. Le sac sur mon rack est lourd !

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Je n’ai pas le temps de réagir que j’entends déjà mon cerveau me dire : « Tu te fais frapper ».

À ce moment, je ne pourrais décrire exactement ce qui s’est passé. Par contre, j’ai l’image du bumper en tête et le bruit de la carrosserie qui frappe. Je n’ai pas le temps de réagir que je tombe debout sur mes deux pieds, les bras en cactus. Mon vélo s’est étalé de tout son long au travers de la rue.

Je n’ai rien.

Je me retourne et je vois ce jeune garçon au coin qui me regarde, cellulaire en main, bouche ouverte. Puis, les enfants de la garderie qui pleurent et la brigadière qui me dit :

-« Es-tu correct ? Il a passé sur la rouge ! ».

Je n’ai rien. Je suis debout et je n’ai rien.

Du moins, je ne sens rien.

Je suis encore à me demander comment le vélo a pu passer au travers de mes jambes sans me blesser qu’un homme sort de la voiture, hébété, s’avançant vers moi. Ma première réaction a été de le traiter d’imbécile et lui crier par la tête qu’il aurait pu me tuer ! Des témoins lui disent qu’il a brulé sa lumière et à sa défense, l’homme s’empresse de répéter plusieurs fois qu’il s’en va a l’hôpital en urgence.

Actually, un coup de pédale de plus et j’aurais été sa deuxième bonne raison de se rendre à l’hôpital d’urgence !

Anyways, je me saisi et j’avale mes insultes. Ce pauvre con a laissé sa voiture en plein milieu de la rue, sans phares de détresse allumés alors je lui suggère de la déplacer rapidement avant qu’il ne crée un deuxième accident.

Pendant ce temps, j’examine mon Bassi. Le coup a été encaissé par le rack avant et le vélo est intacte. Mon sac est un peu abimé mais je m’en fou; j’ai mes jambes. Un gros frisson me passe dans le dos en m’imaginant ce qu’il en aurait été si j’avais été quelques pieds plus avancé.

Je marche vers la voiture stationnée et l’homme en resort pour échanger nos informations en cas de traumatisme que je ne sentirais pas sur mon élan d’adrénaline. J’ai frappé le miroir qui est démoli et qui pendouille de son socle. En m’avançant de la fenêtre conducteur, j’y vois une silhouette, puis de petits cheveux blonds pour finalement réaliser qu’une petite fille d’environ 9-10 ans vient d’assister à la scène. Elle me regarde et elle pleure.
Au travers de la fenêtre baissée, je la rassure ;

– « Je vais bien. Ne pleure pas ma belle, je suis O.K., je n’ai rien. »
Je la fais sortir de la voiture pour lui montrer mon vélo. Il n’a rien. Il est O.K.
Son père tremble et ses doigts ont du mal à appuyer sur les touches de son Iphone 6 dont les applications s’ouvrent de tous les sens.

L’enfant est là, devant moi, les larmes aux yeux.
Comment dédramatiser une situation qui aurait pu virer au cauchemar ?
Comment faire réaliser à cet homme que son geste aurait pu m’être fatal ?
Comment lui dire qu’il aurait pu mettre fin à ma saison de compétition de vélo pour laquelle je m’entraine depuis novembre dernier ?
Comment lui faire réaliser que j’aurais pu perdre mes jambes, ma tête, ma job, ma vie ? Qu’en aurait été celle de ce jeune garçon qui manqua sa lumière à cause de ses textos ou ses enfants de garderie qui auraient traversé sur leur espace piéton ?

Mais encore pire, comment te faire réaliser Monsieur, que si tu avais heurté une autre voiture, tu aurais pu tuer ton enfant ? Parce que c’est elle qui aurait subi l’impact. C’est elle qui aurait écopé pour ton temps trop pressé.

Ce matin, tu me fais réalisée que ce n’est pas impossible d’être cycliste, d’avoir un accident et de ne pas en être responsable. Tu me fais signe de faire attention même si je veille à être une bonne cycliste et à respecter ma signalisation.
Aujourd’hui, tu me confirmes de toujours porter mon casque, même si je vais à 200m de la maison.

Je m’accroupis vers la fillette et je lui caresse le visage. Devant la scène, je ne peux que m’attendrir devant cette petite fille qui m’adresse finalement un sourire. Je me sens mieux.

Son père la prend par la main et lorsqu’ils me tournent le dos, j’entends :
– « Viens ma chouette, on va à l’hôpital »

Et elle de lui répondre :
– «  Mais non papa, on va pas a l’hôpital ! »

 

Je fige.
Je n’en reviens pas.

Là, tu m’as fais regretter de ne pas avoir démolie ton hood de char avec mon Ulock.

Plus le temps pour un café, je dois quand même faire ma journée.

 

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